Résidence en détérioration avancée : les voisins exigent la démolition


Publié le 18 avril 2017

L'arrière du bâtiment.

©Photo TC Media Michel Scarpino

BÂTIMENT. Une résidence, située au 328, rue Tessier, est dans un tel état de dégradation, que les voisins estiment vivre une inquiétude quotidienne.

Photo TC Media Michel Scarpino

Les propriétaires de la résidence sont introuvables. Celle-ci est inhabitée depuis une dizaine d’années et il y a belle lurette qu’Hydro-Québec a interrompu le service.

Ne vous y aventurez surtout pas !
Photo TC Media Michel Scarpino

Résultat : des tuyaux ont fendu, la moisissure s’y est installée. «Le plancher est pourri, il est à la veille de tomber dans la cave», s’exclame un voisin, George Hamel. Le solage est craqué.

De l'avant du bâtiment, rien ne paraît. À l'arrière, c'est une toute autre histoire
Photo TC Media Michel Scarpino

Les pompiers sont venus sécuriser les lieux l’an dernier, puisqu’il arrivait que des jeunes s’y introduisent pour passer le temps. «Ils sont entrés de peur, parce que les planchers sont finis. Le plafond est défoncé, en haut, il mouille dans la maison», déplore la voisine immédiate, Diane Thomas. Les portes ont été vissées.

Un compteur intelligent a été apposé au bâtiment, même s'il n'y a plus d'électricité depuis longtemps.
Photo TC Media - Michel Scarpino

Élément qui donne fois dans le dos : un petit arbre qui poussait sous la galerie arrière est parvenu à la faire s’effondrer puisqu’elle était complètement pourrie.

Diane Thomas et Georges Hamel sont formels : il y a au moins une quinzaine d’années que la résidence se détériore petit à petit, vu son inoccupation.

Préoccupée par les dangers d’incendie, Mme Thomas demande qu’une action soit posée, menant à la démolition du bâtiment vétuste. «Je ne vois pas qui peut rénover ça, c’est fini», lance-t-elle.

On craint que la vermine s’y soit installée depuis belle lurette.  Quant aux odeurs, elles sont nauséabondes, particulièrement en été. «Je n’ouvre jamais les fenêtres, l’été, je fais fonctionner l’air climatisé, ça sent trop mauvais», ajoute Mme Thomas.

Vu la dangerosité grandissante du bâtiment, ils demandent à Ville de La Tuque de poser le même geste que Shawinigan, dans le cas de l’hôtel La Salle, dont la démolition a été effectuée récemment.

«Si je veux vendre ma maison, qu’est-ce que je fais ? Personne ne va l’acheter, à cause de cela», regrette Diane Thomas. Elle est allée rencontrer le maire, Normand Beaudoin, mais n’a pas obtenu ce qu’elle désirait, l’assurance que la maison serait démolie.

«J’ai fait des plaintes à la ville, j’ai fait venir les pompiers, tous ceux que j’ai pu, mais je ne sais plus à qui m’adresser», conclut-elle.

100 000 $ au budget pour les bâtiments vétustes

Même si la situation révèle une urgence, la municipalité ne peut aller de l’avant seule et ordonner la démolition d’une résidence, malgré son état de décrépitude.

Interrogé par TC Media à ce sujet, le maire de La Tuque avoue ne pas pouvoir faire grand-chose dans l’immédiat. «Le problème, c’est que les maisons appartiennent à quelqu’un. Souvent, ça peut prendre un an, deux ans, trois ans pour rejoindre ces gens-là. Quand on rejoint ces gens-là, il faut leur ok pour démolir et c’est un processus qui est très, très long», évoque-t-il

Aux dires de ce dernier, la démolition d’un tel immeuble coûterait 40 000 $ à la municipalité. Ce dernier disait que ce n’est pas nécessairement à la Ville de sécuriser les lieux, mais dans le cas où la situation est sérieuse «on va agir en bon père de famille».

Le greffier municipal, Jean Sébastien Poirier, indiquait à TC Media que le conseil municipal a une grande volonté d’agir dans de tels dossiers. «Pour la première fois, le conseil municipal a dédié un montant de 100 000 $ pour les bâtiments vétustes. Ce montant servira à prendre des procédures dans le but d’obtenir un jugement pour obtenir une démolition», confiait M. Poirier. Le montant fait partie du programme triennal en immobilisations et sera reconduit annuellement jusqu’en 2019.

L’immeuble de la rue Tessier sera-t-il priorisé cette année ? «Il va faire partie d’un dossier qu’on va certainement recommander au conseil», mentionne M. Poirier.

La Ville ne prend pas à la légère les questions de bâtiments vétustes et les dossiers de nuisance. Déjà, ces dernières années, on est intervenu à quatre reprises pour nettoyer des propriétés où il y avait des nuisances, suite à un ordre de la Cour municipale.

« On s’est doté d’outils et de façon de faire, afin d’être plus efficace quand on se présente devant le tribunal pour aller chercher un jugement favorable pour la ville», précise Jean Sébastien Poirier. De toute évidence, on veut agir en amont, au début du processus, avant que la vétusté ne devienne trop peu importante.

La Loi sur l’aménagement et urbanisme prescrit deux critères qui peuvent justifier l’ordonnance des travaux de démolition par la municipalité ou la MRC, si aucun autre remède n’est possible : lorsqu’une construction est dans un état de dangerosité et lorsqu’elle perd la moitié de sa valeur par vétusté ou par incendie. Par contre, souvent, dans le cas où les propriétaires ne peuvent être retracés, c’est la municipalité qui absorbera les sommes engendrées. Obtenir un jugement peut coûter, en honoraires professionnels, jusqu’à 15 000 $ ou 20 000 $.

TC Media a appris que le service d’aménagement et d’urbanisme de Ville de La Tuque a réalisé un inventaire des immeubles vétustes sur son territoire l’automne dernier : une trentaine ont été répertoriés, dont plusieurs à Parent.

Dans certains cas, il est arrivé que des voisins fassent l’acquisition de résidences vétustes pour les démolir. Un programme d’aide financière de la municipalité peut accorder 10 000 $ pour disposer des matériaux découlant de la démolition (N.D.L.R. non pas pour la démolition elle-même). Dans le cas d’un bâtiment commercial, le montant peut grimper jusqu’à 25 000 $. Le greffier municipal a confié à TC Media que plusieurs acquéreurs de bâtiments vétustes s’étaient déjà prévalus de ce programme.