Il faut savoir avant toute chose que l'étape du mont Ventoux est l'une des plus dures de la grande boucle, avec l'étape de l'Alpe d'Huez. Si les 146 premiers kilomètres de l'étape se franchissent plutôt facilement par un coureur en forme, les 21,2 derniers km sont sans pitié pour le corps et l'esprit. Lors des six premiers kilomètres de l'ascension, l'inclinaison de la pente est de plus de 5%, tandis qu'on retrouve des pentes de plus de 10 % pour les 16 derniers kilomètres du mont.
L'étape du mont Ventoux est décrite par les experts comme étant dure physiquement, mais encore pire au niveau mental. En consultant l'historique de cette étape mythique, on apprend que le Britannique Tom Simpson a rendu l'âme lors de cette étape en 1967, et en 1970, le vainqueur de l'étape, Eddy Merckx, a subi un malaise au sommet du Ventoux par manque d'oxygène.
Chaque année, la direction du Tour de France détermine une étape à laquelle les amateurs peuvent s'inscrire pour vivre l'expérience du Tour.
«C'était la même étape que les pros ont réalisé cinq jours plus tard, raconte Jimmy Deniss. 7000 places sont réservées pour les Européens, et 2000 autres places pour le reste de la planète. Ces places sont réservées à des organismes de cyclismes comme Vélo-Québec. J'ai donc passé par Vélo-Québec pour obtenir ma place. J'ai dû débourser 1500$ et nous étions une quinzaine de Québécois.»
Au total, 9136 coureurs ont pris le départ, et seulement 7300 cyclistes ont terminé l'ascension du Ventoux.
«Avant de t'inscrire, tu dois y penser à deux fois parce qu'il y a des côtes là-bas qu'on ne retrouve pas en Amérique du Nord. C'est de l'inconnu alors tu dois avoir un entraînement adéquat. Ça se passe autant dans les jambes que dans la tête. Mon objectif était de franchir cette étape des ligues majeures avec la même vitesse que les pros. Chaque coureur peut déterminer le nombre de dents du vélo pour l'avant et l'arrière. Je roulais avec 39 X 25, la même chose que les pros. Si j'avais mis mes vitesses plus faciles, j'aurais eu le sentiment de tricher.»
Et comment s'est senti le Latuquois lors de l'ascension? «Je voulais finir en haut du Ventoux sans mettre un pied à terre. J'ai dépassé de 30 minutes mon objectif en temps. Mais ça fait tellement mal! Il faisait une température de 38 degrés Celcius, alors l'hydratation était le nerf de la guerre. De plus, souvent dans les cols on retrouve la route en forme de lacets, ce qui permet de se reposer dans l'ascension en prenant les courbes à l'extérieur, mais il n'y a pas de grandes courbes dans le Ventoux. Seulement des petits virages alors il n'existe aucun temps de repos. C'est chacun pour soi en montée. J'étais dans ma bulle et j'avais le focus sur le sommet. En 17 ans en vélo de route, je n'avais jamais mis le pied à terre dans une côte, et je me suis dit que ce n'était pas au Ventoux que ça allait commencer. Tu souffres dans la montée, puis tu vois une affiche annonçant que tu devras maintenant franchir une pente à 12,5% d'inclinaison!»
Et comment Jimmy résume-t-il son expérience? «J'ai lu dans une revue que le Ventoux, c'est le sommet de la folie. Tu es fou de douleur, fou de solitude et puis fou de joie. C'est ça le feeling! Tu vois les mêmes paysages qu'à la télévision, mais tu es assis sur ta selle et tu es là! C'est un sentiment incroyable! Je le referais demain matin. C'est une expérience à vivre pour quelqu'un qui aime le vélo.»
Jimmy et sa conjointe en ont profité pour passer quelques jours de plus en France. Ils ont notamment assisté à l'arrivée des cyclistes professionnels à Paris lors de la dernière étape le 26 juillet dernier. «Après l'avoir vécu, ce sont des machines, poursuit M. Deniss. À Paris, les Champs Élysées sont bondés de gens. La ville est vélo. C'était plaisant d'assister sur place à cet événement majeur.
«En 17 ans en vélo de route, je n'avais jamais mis le pied à terre dans une côte, et je me suis dit que ce n'était pas au Ventoux que ça allait commencer.» - -Jimmy Deniss

