Le gouvernement du Canada a publié récemment trois études qui dressaient le bilan environnemental des dernières années, en regard de l’économie du pays, et avançait que «Les émissions de gaz à effet de serre du Canada demeurent stables, malgré une économie en croissance.» Voici les grandes lignes qui ressortent des rapports :
- de 2009 à 2010, nos émissions sont demeurées stables, malgré la croissance économique de 3,2 %;
- depuis 2005, les émissions annuelles de gaz à effet de serre ont baissé de 48 mégatonnes;
- depuis 2005, les émissions ont diminué dans presque tous les secteurs, y compris dans le secteur pétrolier et gazier et celui de la production d’électricité;
- les émissions par habitant restent à un niveau historiquement bas de 20,3 tonnes en équivalents de dioxyde de carbone par personne, leur plus bas niveau depuis le début des activités de suivi en 1990;
- bien que les émissions aient augmenté de 17,5 % depuis 1990, notre économie a connu une croissance de 60,5 %.
La réponse de M. Guilbeault
En regard de ces chiffres présentés par le gouvernement Harper, Steven Guilbeault a été plutôt tranchant. «Le gouvernement est très bon pour manipuler les chiffres, mentionne d’entrée de jeu M. Guilbeault. Il faut faire attention à ça. De dire que les émissions ont augmenté de 17% depuis les années 1990, c’est de passer sous silence le fait qu’on doit être en mode réduction des émissions de gaz à effet de serre, pas en mode augmentation. Il faut regarder ce qui se passe globalement au pays. Le Canada est l’un des pays industrialisés au monde qui a le pire bilan pour la lutte aux changements climatiques. Il n’y a pas de quoi à être fier. Steven Harper veut essayer de faire croire que ça va bien, mais c’est tout le contraire. »
Selon le Latuquois, les difficultés économiques des dernières années ont contribué à réduire les émissions. «L’économie commence à reprendre, mais la croissance économique des sables bitumineux va faire en sorte que 50 % de l’augmentation de gaz à effet de serre d’ici 2020 va être directement en lien avec les sables bitumineux. Le gouvernement canadien indique que l’utilisation du pétrole est en baisse depuis quelques années, mais ça rien à voir avec des mesures qui ont été prises. C’est plutôt la récession économique qui a fait que les gens ont moins consommé, et les usines ont moins produit, donc moins de pollution.»
Le Québec plus performant
L’environnementaliste convient que le Québec est un meilleur exemple comparativement au Canada pour les efforts qui sont réalisés. «Il ne faut pas seulement que les émissions demeurent stables, il faut les réduire, et de beaucoup, tout en continuant à être prospère. Le Québec est un bon exemple; notre économie croît, et on réduit nos émissions de gaz à effet de serre. Le Québec a réduit de 2 % ses émissions depuis 1990, et le Canada a augmenté de 17 %. L’objectif du Québec est de -6 % d’ici la fin 2012, alors il est en voie de réussir, tandis que le Canada va rater l’objectif d’environ 27 %. Le secteur industriel québécois a beaucoup réduit ses émissions. Nos entreprises ont atteint et dépassé les objectifs de Kyoto. Est-ce qu’on a fait ça en fermant des shops partout et en mettant à pied des centaines de milliers de personnes? Non. Oui, il y a eu des fermetures d’entreprises ici comme ailleurs, mais la production a doublé. Les entreprises sont devenues plus efficaces. Notamment, les secteurs de l’aluminium et des pâtes et papiers. Les entreprises ont investi pour réduire considérablement leurs émissions de gaz à effet de serre avec de nouvelles façons de faire. »
«Dans les sites d’enfouissements aux États-Unis, on jette assez de canettes en aluminium pour reconstruire l’ensemble de la flotte mondiale en aviation!» - Steven Guilbeault
Les sables bitumineux
M. Guilbeault dénonce les œillères du gouvernement du Canada en lien avec les sables bitumineux. « Le gouvernement et les compagnies pétrolières essaient de faire passer un projet de pipeline par le Québec pour exporter le pétrole vers les États-Unis. Mais il n’y a pas d’emplois pour le Québec, quelques emplois pour l’Alberta. On exporte des ressources naturelles non transformées, et le pétrole sera raffiné aux États-Unis, dans les raffineries aux Texas. Mais ce n’est pas du développement économique, c’est d’enrichir une poignée d’entreprises pour le gouvernement albertain. Il y a même des études qui prouvent que notre dollar est fort à cause de l’exportation de notre pétrole aux États-Unis. Mais la valeur de notre dollar a fait très mal au secteur manufacturier en Ontario et au Québec. On estime qu’il y a près de 600 000 emplois qui ont été perdus à cause de ça. »
Le Plan Nord
Concernant le Plan Nord, il faut souligner que l’expertise d’Équiterre ne tourne pas au niveau des mines, alors M. Guilbeault a tenu a souligner le point avant de s’exprimer. Comme vous le savez, les mines sont au cœur du Plan Nord. «Il y a toute une réflexion à y avoir avec le Plan Nord. Historiquement, nous n’avons jamais été très bons au Québec pour l’exploitation minière. C’est surtout une ressource naturelle qu’on exportait, et on importait des produits à valeur ajoutée fait avec notre matière première. Ça fait combien de temps au Québec qu’on parle de la deuxième et troisième transformation de l’aluminium et que ça ne se fait pas? Que l’on pense à l’époque de Duplessis quand on vendait des tonnes de minerais à une cenne! Il y a beaucoup d’exemples qui montrent qu’on n’a pas su tirer notre épingle du jeu dans ce domaine-là. Est-ce qu’on va répéter ces erreurs avec le Plan Nord? Quand le gouvernement dit qu’on a besoin de beaucoup de minerais, je ne peux pas m’empêcher de penser à tout ce qu’on jette et qui est envoyé dans les sites d’enfouissements! Dans les sites d’enfouissements aux États-Unis, on jette assez de canettes en aluminium pour reconstruire l’ensemble de la flotte mondiale en aviation! Est-ce que ça vaut la peine de faire de nouvelles mines, ou de mettre nos énergies pour recycler les métaux? Ce n’est pas vrai qu’il faut continuer à jeter tout ça à la poubelle sans récupérer sa valeur.»
Le monde
Avec ses nombreuses visites dans différents pays à travers le monde, Steven Guilbeault affirme qu’il existe un virage mondialement quant à la production d’énergie. «L’économie va changer au 21e siècle en misant sur l’énergie renouvelable, et nous au Canada on est en train de manquer le bateau parce qu’on a un gouvernement fédéral obsédé par les sables bitumineux. Ce n’est pas très porteur pour le pays. Mais d’ici à ce que Stephen Harper se développe une conscience, c’est possible pour le Québec, pour les municipalités et les entreprises de travailler ensemble pour différents projets et continuer d’avancer.»

