Mme MacDonald a reçu une bourse de 200$ pour son récit sur le thème de cette année : «Figure de proue». Une vingtaine d’auteurs ont participé au concours, et c’est un jury de trois professionnels de la langue française qui ont évalué les textes pour la qualité et la pertinence.
Le premier prix a été décerné à Chantal Ouellet de Québec pour son poème Ô Majesté de la mer, et elle a reçu un prix de 300$. Le prix de la relève de 100$ a été remis à Pauline Perrier, 17 ans, de Vergèze dans le sud de la France.
Le texte
Voici le texte intégral de Mme MacDonald: Figure de proue.
«Qu'est-il advenu de moi, la fille de la mer guidant allègrement le navire, toutes fibres imprégnées d'aventure. Le vent ne me caresse plus en cet antre sombre, où la lumière dessine des lignes immobiles sur les murs. Combien de lunes se sont levées au cœur des nuits? Je ne sais plus, le temps se tait. Je me dessèche doucement, seule, oubliée, mon bois perdant toute couleur dans cette froide pénombre. Je me languis du claquement des voiles, de la tendre nostalgie des soirs étoilés, de ces inoubliables voyages, ces rives sablonneuses bordées d'une lourde forêt d'arbres qui coupait l'espace tandis que le bateau rempli de musique, tanguait doucement amarré près d'un long quai de bois. Je me souviens d'oiseaux de toutes les couleurs, d'arbres si hauts qu'ils semblaient toucher l'azur, de fleurs aux parfums mystérieux, de longues plages encerclant jalousement les îles. Je me rappelle les vertes landes, les rives et les marées de la rousse Écosse. J'ai parcouru des mers chaudes, jusqu'aux lumières intenses colorant les ports d'Italie. Le vent a si souvent enflé la voile, et de lourds nuages caché le bleu du ciel. Le bal des mouettes traçait des arabesques sur l'horizon, au dessus de sauvages paysages parfumés d'odeurs suaves que je découvrais pour la première fois. Ces gens accostés au bastingage, que sont-ils devenus? Puis, de lune en soleil, la vie a filé. Ces anciennes saisons, ces mers tourmentées, ces escales fabuleuses tous ces grands périples, dorment en moi tel des mots doux oubliés sur la feuille jaunie d'une lettre d'amour. Mais, de tristes images reviennent comme des spectres, hanter ma vieille mémoire! Ce jour fatal, comment l'oublier. Le soleil amoureux embrassait la peau de l'eau. La dentelle des marées allait et venait, tandis que le bateau sans défense, voiles et mat liés sommeillait sur le sable d'un chantier. Jamais plus il ne mesura la force de l'eau. Ses aventures et les miennes étaient à jamais terminées. J'entends encore le bruit insensible des marteaux qui résonnait jusque dans mon cœur de bois. D'un seul trait de scie, je fus séparée de mon beau voilier. Blessée, j'ai saigné quelques copeaux. Enroulée dans une rude toile, j'échouai ici pour un dernier accostage. Depuis, je m'étiole, privée d'océan, de ses odeurs salines, du blanc ressac sur les rochers éblouis de soleil, du bal des vagues dansantes! Et ce lugubre silence! Les mouettes se sont-elles endormies? Au secours! Écoutez ma complainte! Je suis la figure de proue! Je guiderai vos aventures, je vous dirai la beauté du monde... S'il vous plait, prenez-moi , grands bateau qui passent, blanches voiles qui dansent, et toi, mer qui m'a tant bercée...»

