Ils étaient plus d’une cinquantaine à manifester leur mécontentement. Depuis le début du blocus de la Nation Atikamekw, de 300 à 400 travailleurs ont dû retourner à la maison, les opérations forestières étant suspendues. « Nous sommes ici pour mettre de la pression sur le gouvernement. Il faut que ça se règle. Nos gens en ont assez », précisait Claude Dupuis de la Coopérative forestière du Haut St-Maurice. On ne fait que se sortir à peine de la crise forestière. On commence à voir la lumière au bout du tunnel. Ce dossier doit se régler au plus vite », ajoutait-il.
Plusieurs entrepreneurs et travailleurs s’étaient déplacés pour expliquer la situation insoutenable dans laquelle ils se retrouvent à cause de ce conflit entre les Atikamekws et le gouvernement du Québec. « Nous venons juste de commencer notre saison et là, on ne peut plus travailler. Il faut qu’on travaille. À la fin du mois, mon banquier va tout de même me demander de faire mes paiements », déclarait Mario Tremblay. « On n’a rien contre les Atikamekws et on veut l’harmonie avec eux, mais on doit gagner notre vie. Il faut que le gouvernement bouge. Ça fait 32 ans que les négociations durent. Il n’est pas question d’attendre un autre 32 ans avant de régler », ajoutait-il.
Même son de cloche pour Francis Carrier qui contracte pour Resolu. « J’ai dû retourner chez eux trente employés parce qu’on ne peut pas travailler. C’est trente pères de famille qui se retrouvent sans emploi. Les pertes se comptent par plusieurs milliers de dollars. Je dirais plus que 100 000$ dans mon cas », déclarait-il, ajoutant d’un même souffle que le gouvernement doit bouger.
Pour Claude Dupuis, il n’y a pas de tergiversation, il faut que le blocus soit levé et les forestiers sont prêts à tout faire pour que le travail en forêt reprenne. « Nous avons en notre possession des injonctions que nous ne voudrions pas devoir déposer, mais nous le ferons si les choses ne bougent pas. Négociez, levez le blocus et laissez-nous travailler », martelait-il à l’endroit des représentants du gouvernement. « Nous avons dit aux Atikamekws et au gouvernement que nous ne voulions pas en arriver là, mais s’il le faut, on le fera ».
C’est la troisième semaine que les travaux forestiers sont arrêtés. Si la situation perdure, Claude Dupuis prévoit la fermeture à très court terme de deux ou trois scieries, ce qui monterait à près de 1000, le nombre d’employés mis à pied.
L’incident impliquant un camionneur, qui s’est produit sur le site d’un campement du blocus la semaine dernière a fait beaucoup jaser. Questionné à savoir si un mot d’ordre avait été lancé aux camionneurs pour que ça ne se reproduise plus, Claude Dupuis tenait à préciser que, d’après ce qu’il savait, le camionneur n’avait pas foncé volontairement sur le site. « Il faudrait dédramatiser tout ça et garder la tête froide », ajoutait-il
En fin d’après-midi, les entrepreneurs tiendront une conférence téléphonique avec des représentants du Ministère des Ressources naturelles, la députée Julie Boulet, des gens du ministère des Affaires indiennes, des autochtones et quelqu’un du bureau du Premier ministre Jean Charest. « On va tout faire pour que ça arrête. C’est aujourd’hui qu’il faut que ça cesse », concluait-il.

